Le vin de Wangen a toujours bénéficié d’une renommée qui dépasse largement notre région. Ce vin réputé a, au fil du temps, suscité bien des convoitises.
En 1566, la famille von Wangen quitte le village et vend le château à l’Abbaye Saint-Étienne de Strasbourg. Celle-ci se proclame alors seigneur de Wangen et perçoit dans la commune une redevance appelée Bodenzinz. Cette rente variait de 100 à 260 mesures selon les années. Mais à partir de 1728, elle fut portée à 600 mesures, soit environ 30 000 litres de vin par an, en plus de la dîme habituellement due.
En 1789, lors de la Révolution française, les droits féodaux sont abolis. Les habitants de Wangen refusent alors de continuer à payer cette rente.
Cependant, en 1819, deux hommes d’affaires — un certain Vernon de St-Bruns et Joseph Martha, greffier au tribunal de Strasbourg — tentent de faire rétablir cette rente de 600 mesures à leur profit. Ils affirment qu’il ne s’agit pas d’une rente féodale, mais d’une simple rente foncière. Ils exigent même, de façon rétroactive, le paiement de cette rente pour les trente années précédentes, soit l’équivalent de 900 000 litres de vin. Une telle exigence aurait provoqué la ruine et la misère de la commune et de ses habitants.
Pour défendre leurs droits et leur liberté, nos ancêtres nomment alors trois délégués chargés d’engager une longue procédure judiciaire :
Jean-Georges Strohl, maire
Charles Moll, percepteur
Chrétien Ostermann, conseiller
Au cours du procès, les deux hommes d’affaires présentent plusieurs titres et documents censés prouver l’origine du Bodenzinz. La défense démontre cependant que ces documents sont falsifiés.
Après un procès qui dura plus de sept ans, la rente est finalement reconnue comme étant féodale. La commune de Wangen obtient gain de cause par un jugement du tribunal de Strasbourg, confirmé par la Cour d’appel de Colmar le 3 juillet 1827, puis définitivement par la Cour de cassation de Paris le 6 avril 1830.
Cette prestation abusive est alors définitivement abolie, et la joie est immense dans le village.
Pour perpétuer le souvenir de cette heureuse issue, le conseil municipal de l’époque décide d’ériger une fontaine. Il est également décidé que, chaque année, le 3 juillet, si cette date tombe un dimanche — ou le dimanche suivant — la commune offrira du vin à tous les habitants et invités.
Lors de cette célébration, le maire rappellera l’histoire de ce procès, en alsacien et en français, ainsi que la ténacité et l’esprit civique des trois représentants qui ont défendu avec courage la cause de Wangen.