Histoire autour d'une recette

Lien d'une génération à l'autre

La recette des bredele des Lorentz, la famille des trois fenêtres.

 

 

À Wangen, tout le monde connaît la maison à colombages, celle aux trois fenêtres alignées.

C’est là que, depuis plus de cent cinquante ans, la famille Lorentz prépare les mêmes bredele chaque premier dimanche de l’Avent.

 

L’histoire raconte que tout a commencé en 1872, l’hiver où l’arrière-grand-mère Liesel est revenue du marché de Wasselonne avec un petit sac d’épices rares et un sourire mystérieux. Les temps étaient durs, la neige avait déjà recouvert les vignes, et pourtant, ce soir-là, elle avait décidé d’apporter un peu de chaleur au foyer.

Elle avait mélangé la farine du moulin du village, le beurre battu la veille, un soupçon de cannelle, un rien de zestes d’orange — un luxe incroyable — et surtout ce geste tendre de tourner la pâte dans le même sens “pour que la chance reste dans la maison”.

 

Ce jour-là, les enfants avaient formé les premiers petits biscuits dorés et le parfum s’était échappé jusque dans la rue.

Depuis, chaque génération a repris le flambeau.

 

On raconte que :

 

  • La grand-mère Elise chantait des Stille Nacht en pétrissant la pâte, toujours avec les mains encore froides d’avoir ouvert les volets.

  • Le père Martin, vigneron, ajoutait parfois une goutte de son eau-de-vie de mirabelle “pour réveiller le cœur du bredele”.

  • La petite Cécile, aujourd’hui adulte, prenait toujours le plus petit emporte-pièce en forme d’étoile, persuadée que les étoiles cuisaient plus vite et qu’on pouvait en manger plus tôt.

 

 

Et chaque année, lorsque le four chauffait et que les parfums d’amandes et d’agrumes envahissaient la maison, même les voisins trouvaient une excuse pour passer devant les trois fenêtres, espérant qu’on leur ouvre la porte et qu’on leur tende un petit sachet noué d’un ruban rouge.

 

Aujourd’hui encore, quand le premier dimanche de l’Avent arrive, la maison Lorentz s’éclaire tôt le matin.

La neige crisse sous les pas, la bouilloire chante, et trois générations se rassemblent autour de la même table en bois.

On lit la recette écrite à la main par Liesel, sur un papier jauni, tâché de beurre.

On mélange, on goûte, on rit, on se souvient.

 

Et quand la fournée sort du four, dorée comme un soleil d’hiver, chacun dit la phrase qu'Elise répétait toujours :

 

« Les bredele ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils portent la chaleur de plusieurs mains. »

Ingrédients (pour 2 à 3 plaques)

250 g de farine

125 g de beurre doux, bien mou

125 g de sucre

1 gros œuf

1 sachet de sucre vanillé

1 c. à café de cannelle

Le zeste d’un demi-citron ou d’une demi-orange non traitée

Une petite pincée de sel

(Option “secret de Martin”) : 1 c. à café d’eau-de-vie de mirabelle

Pour dorer : 1 jaune d’œuf + 1 c. à café de lait

Pour les enfants : amandes effilées, perles de sucre, raisins secs…

 Préparation

La pâte, toujours tournée dans le même sens

Dans un grand saladier, travaille le beurre mou et le sucre jusqu’à obtenir une crème pâle.

Ajoute l’œuf, le sucre vanillé, la cannelle et les zestes.

Puis incorpore la farine et le sel en tournant toujours dans le même sens — un geste que Liesel disait “porte-bonheur pour l’hiver”.

À la fin, la pâte doit être souple mais non collante.

Forme une boule, enveloppe-la et laisse reposer au frais pendant 1 heure.

Le façonnage, moment sacré des générations

Préchauffe le four à 170°C.

Étale la pâte sur un plan fariné, sur une épaisseur d’environ 4 mm.

Découpe avec des emporte-pièces : étoiles, cœurs, lunes, sapins…

Les enfants de la famille prenaient toujours la plus petite étoile, car elle dorait plus vite et on pouvait la goûter en premier.

Dépose les formes sur une plaque recouverte de papier cuisson.

Badigeonne-les délicatement du mélange jaune d’œuf + lait.

Ajoute les décorations : une amande au centre, trois grains de sucre, une étoile de raisin… chaque bredele doit avoir sa petite personnalité.

La cuisson, l’instant qui parfume toute la maison

Enfourne pour 10 à 12 minutes, jusqu’à ce que les bords soient juste dorés.

Les Lorentz disent toujours : “Un bredele trop brun, c’est une histoire qui a couru trop vite.”

Laisse refroidir sur une grille. Le parfum de cannelle, d’agrumes et de beurre chaud envahira la cuisine comme dans la maison des trois fenêtres.

 Le petit secret transmis de génération en génération

On prépare ces bredele le premier dimanche de l’Avent, dès la levée du jour.

On en garde quelques-uns dans une boîte en métal, mais on en offre surtout aux voisins.

Selon la tradition des Lorentz, “un bredele offert rapporte deux sourires en retour”.