Dans le petit village alsacien de Wangen, blotti au creux des collines viticoles et protégé par sa vieille porte fortifiée, l’hiver était arrivé en silence. Une fine neige recouvrait les toits en pente et les ruelles pavées, et la tour du rempart semblait veiller, emmitouflée dans le givre.
À la boulangerie du village, qui embaumait toujours la cannelle et le beurre chaud, la boulangère Elise préparait les spécialités de la saison. Ce matin-là, elle façonnait avec beaucoup de soin un mannele, une brioche en forme de bonhomme. Celui-ci avait quelque chose de particulier : Elise lui avait donné un sourire un peu plus malicieux que d’habitude et deux raisins brillants comme des yeux de fête.
« Toi, tu es mon petit préféré », murmura-t-elle en le glissant dans le four.
Mais ce que Elise ignorait, c’est que cette année, la magie de Noël veillait tout près du four…
Lorsque minuit sonna, une étincelle chaude traversa la boulangerie, et le petit mannele se mit à bouger. D’abord un bras, puis l’autre. Il bondit légèrement hors du plateau et regarda autour de lui avec émerveillement.
— Oh ! Je suis vivant ! s’exclama-t-il d’une petite voix briochée.
Il jeta un œil par la fenêtre : dehors, la neige tombait en silence sur la place de l'église, déjà décorée de guirlandes et de petites lanternes. Le mannele sentit une irrésistible envie de découvrir le monde.
Sans faire de bruit, il poussa la porte entrouverte de la boulangerie et s’aventura dans la nuit.
Le village était féerique. Les colombages se découpaient en ombres douces, et du clocher montait un parfum d’encens. Le bonhomme trottina jusqu’à la fontaine gelée, où la glace reflétait les lumières des maisons comme un miroir enchanté.
Mais soudain, il entendit un sanglot.
Derrière un tonneau, une petite fille pleurait. C’était Lina, la fille du tonnelier.
— Pourquoi pleures-tu ? demanda le bonhomme de brioche en s’approchant.
Lina essuya ses larmes, étonnée de voir une brioche vivante, mais trop chagrinée pour se poser des questions.
— J’ai perdu la lanterne de Noël que j’avais fabriquée pour la procession de demain… Sans elle, je ne pourrai pas participer.
Le mannele se mit à réfléchir. Son petit visage doré s’éclaira.
— Attends-moi ici !
Il repartit en courant à travers le village. Il grimpa la butte vers les vignes endormies, où la neige formait un tapis blanc entre les ceps. Là, il trouva un vieux bout de bois courbé et quelques grappes oubliées, gelées comme des perles transparentes.
Puis il dénicha une petite étoile tombée d’une décoration. Avec beaucoup d’adresse — pour un bonhomme de brioche ! — il façonna une jolie lanterne improvisée, ronde et lumineuse.
Il redescendit vers Lina et lui présenta la lanterne.
— Ce n’est peut-être pas la tienne, mais elle pourra briller pour toi.
Lina, émerveillée, la prit entre ses mains. La lumière y dansait doucement, comme si elle respirait.
— Merci, petit mannele… Je ne t’oublierai jamais.
Le bonhomme de brioche sourit. Il commençait à sentir que sa magie faiblissait.
— Je dois rentrer, dit-il doucement. Mais je suis heureux d’avoir pu t’aider.
Il fit demi-tour, ses petites jambes briochées laissant des traces dans la neige. Juste avant de disparaître dans la boulangerie, il leva une dernière fois la main vers Lina.
Lorsque la boulangère Elise arriva le lendemain, elle trouva le mannele exactement où elle l’avait laissé — mais avec un détail étrange : un minuscule grain de raisin manquait… et ses bras paraissaient légèrement déplacés, comme s’il avait salué quelqu’un.
Ce soir-là, lors de la procession, la lanterne de Lina brillait plus fort que toutes les autres. Les villageois murmuraient que jamais ils n’avaient vu une lumière aussi douce et chaleureuse.
Et certains jurèrent même qu’à travers les vitres de la boulangerie, on apercevait parfois un petit sourire doré qui n’était pas tout à fait comme les autres…
D’Mennele vun Wangen – E Wihnachtsmärchel uf Elsässisch
Im kline mittelalterliche Wingertersdörfel Wangen, zwische de Rebe un de alte Stadtmur, isch de Winter ganz liewe kumme. E dìnni Schnèeschicht hod d’Dächer un d’Kopfsteinpflaschter-Rissle bedeckt, un d’Dorfturm hot ganz still im Glitzere gstande.
In de Bäckerei, wu’s immer noch noh Zimt un frischem Butter briets, hot d’Bäckersfra Frau Elise grad e Mennele gmacht – e schöni Brioche in Form vun eme klene Männel. Dää hot e bsundersch scheenes Lächele gha un zwei Rosine, wu glänzt hen wie klini Sternle.
„Dü bisch mìn Lìebling“, hot d’Elise gflüstert, wie si’n in d’Ofen gschobe hot.
Awwer in däre Nacht isch e Wìhnachtsfunke durich d’Bäckerei gfloge… un wie’s Zwölf gschlage hot, hot s’Mennele e Arm beweegt. Noch e Arm. Un plötzlich isch’r ganz liew gworde.
— „O! Ich lëb jo!“ hot’r mit ere klene briocheweiche Stimm gsaht.
Durich’s Fenschterle hot’r d’Schneeflocke danse gseh un d’Lichter vum Dorf. Voll Neigier isch’r ganz liewe durich d’halboffeni Dür nüss i d’Nacht.
E klins Wìhnachtswunner
’s Dorf hot ganz märchehaft gglänzt. De Schnèe hot sich uf de Rebe nidergerät, un d’Laterne an de Fachwerkhieser hen e warmes Liecht gmacht.
Awer bim alte Stadttor hot s’Mennele plötzlich e Lewe gheert.
Hinter eme alte Fass hot e klins Meidel gheilt. Es wor d’Lina, d’Tochter vum Büttner.
— Worum griesch dü dann? hot’s Mennele gfragt.
D’Lina hot sich d’Träne abgewischt un ganz verschrocke gschaut – e briochewìcht, wu redt, sieht mr jo nit all Daag.
— Ich han mìni Wìhnachtslaterne verlore… Ohni die darf ich morn nit bei de Prozessiòn mitlaufe…
D’Mennele hot e Wìels gedànke, un s’Gsichtle isch hell gworde.
— Wart e Wenig uf mich!
Er isch üs em Dorf use, d’Höwj nuff zwische d’Wingertstäcke. Do hot’r e klens geboge Holzstäck gfunde, paar eisglitzernde Beerle un e klini Stern, wu vun ere Deko abgfalle wor. Mit viel Gfùhl — for e Brioche! — hot’r ere neue Laterne zommegschafft, die ganz warm gfunkele hot.
E Liecht for d’Lina
Er isch zeruck gerannt un hot d’Laterne d’Lina in d’Händ geliit.
— Da, die kann for dich lëchte, hot’r ganz stolz gsaht.
D’Lina hot grossi Aue krìegt. D’Laterne hot so scheen gschtrohlt, als wie wenn e ganz klins Herz drin schlage dät.
— Merci, kleins Mennele… Ich vergesse dich nie.
Abber s’Mennele hot gspiert, wie sini Zauber schwacher wurd. De Morge isch nimmi wit weg.
Mit eme letzte Lächle isch’r zrugg in d’Bäckerei gschlüpft, grad wie die erschte Hahne gkräht hen.
D’Frau Elise hot d’Mennele am Morge wieder gfunde — genau do, wu si’n hingelegt hot… nur mit e klener Rosin weniger un mit Arme, wu ausgseh hen, als hätt’r jemandem gwinke.
D’Wìhnachtsprozessiòn
Am Owe hot d’Prozessiòn ganz Wangen dür drunne gläuchtet.
Un d’Laterne vun dr Lina?
Die hot heller gfunkele wie alli andere. Un alli im Dorf hen gmeint, dass se e bissele… zauberhaft gsie isch.
Un wenn mr ganz genau gschaut hot, het mr im Fenschter vun dr Bäckerei e Mennele gseh, wu e Lächele gfahre hot, wie mr’s im Elsass nit so schnell vergisst.