Il était une fois, dans le joli village de Wangen, un château vraiment particulier : il n’avait pas quatre côtés, ni six… mais huit !
Un grand château octogonal, comme un soleil de pierre posé au milieu du village.
En bas, juste à l'entrée de Wangen, se dressait une petite tour du XIIIᵉ siècle, appelée Niedertor.
Elle était plus modeste que le château, mais très courageuse. On l’appelait aussi la Tour Gardienne.
Elle surveillait le village et rien n’échappait à son œil de veilleuse.
Les huit côtés du château
Chaque côté du château avait une personnalité :
le côté du Vent, qui chantait ;
le côté du Soleil, toujours chaud ;
le côté de la Lune, argenté la nuit ;
le côté du Silence, pour rêver ;
le côté des Oiseaux, plein de nids ;
le côté des Histoires, où les enfants venaient écouter ;
le côté des Étoiles, tout scintillant ;
et le côté du Courage, le préféré de la Petite Tour.
Le château et le Niedertor étaient de grands amis.
Chaque soir, ils se saluaient :
— Bonsoir, château octogonal !
— Bonsoir, tour gardienne !
Et leurs ombres s’allongeaient comme deux gardiens qui protègent la même famille.
Les guerres du temps
Mais un jour, de grands bruits de guerre résonnèrent dans la région.
Bang ! Boum ! Les gens eurent peur.
Le château octogonal, lui, essaya de rester droit… mais il fut abîmé. Plusieurs fois même !
Chaque fois qu’il tombait, les habitants le reconstruisaient.
Mais un côté, puis deux, puis trois, s’écroulaient de nouveau lors d’une autre guerre.
La Tour Gardienne, solide sur ses pieds de pierre, l’encourageait toujours :
— Ne t’inquiète pas, mon ami. Tu as huit côtés. Si un tombe, un autre te relèvera !
Et le château, qui l’entendait de loin, se redressait un peu, comme pour sourire.
Le dernier secret du château
Après de longues années, le château octogonal devint très fatigué.
Il avait tant été détruit, puis reconstruit, qu’il n’avait plus beaucoup de forces.
Alors, une nuit étoilée, il chuchota à la Tour Gardienne :
— Je crois qu’il est temps pour moi de me reposer. Toi, petite tour, tu continueras de protéger le village. Je laisserai mes pierres retourner à la terre… mais mon cœur veillera toujours et je compte sur toi pour que l'on ne m'oublie pas.
Le Niedertor hocha doucement son toit, émue.
Au petit matin, les villageois virent que le château avait disparu… ou presque. Ses pierres s’étaient glissées dans la terre.
Aujourd’hui encore…
Il reste toujours la Tour Gardienne à l'entrée du village, droite comme autrefois, fière de son ami.
Et lorsque les enfants jouent dans les ruelles ou grimpent sur la colline, la tour semble sourire.
Car certains soirs, si l’on s’arrête juste un instant…
si l’on écoute le vent tourner autour des vignes…
on peut entendre un très léger murmure :
— Toc… toc… toc…
C’est le cœur du château octogonal, qui veille encore sur Wangen, son village adoré, qu'il n'a pas oublié.
Illustration Christophe Carmona
Texte Christine Jung