La dame de l'orée des vignes

94  printemps de douceur

À l’orée des vignes, là où la forêt commence à respirer doucement, Jacqueline vit dans sa grande maison pleine de lumière.

Elle a 94 ans depuis la fin de l'été, et pourtant, quand on la rencontre, c’est son sourire qu’on remarque avant tout le reste. Un sourire doux, malicieux, celui d’une dame qui a traversé la vie avec courage, humour et une gentillesse qui ne s’est jamais altérée.

 

Chaque matin, Jacqueline commence sa journée avec un geste immuable : elle prie. Sa foi est son cœur battant, un fil solide qui relie ses journées les unes aux autres. Elle murmure les noms de tous ceux qu’elle connaît : sa famille, un peu loin mais très présente ; ses voisins attentionnés ; ses amis d’hier et d’aujourd’hui ; et même les inconnus qu’elle croise dans ses pensées.

« Je ne peux plus faire grand-chose avec mes mains, dit-elle souvent, mais je peux prier pour tout le monde. Et ça, c’est déjà une grande chose. »

 

Jacqueline garde une curiosité étonnante. À 80 ans, alors que beaucoup renoncent aux nouveautés, elle a décidé d’apprendre à utiliser un ordinateur. Aujourd’hui encore, elle s’en sert, malgré des problèmes de vue, comme d’une fenêtre ouverte sur le monde. Elle lit, elle découvre, elle échange. Elle regarde des paysages qu’elle ne peut plus visiter, elle écoute de la musique, elle suit les nouvelles. L’écran illumine son visage et, à chaque découverte, elle sourit parce qu'elle apprend quelque chose de merveilleux.

La musique a longtemps tenu une place essentielle dans sa vie. Jacqueline a joué du piano, puis de l’orgue à l’église. Ses doigts glissaient sur les touches avec une grâce que beaucoup lui envient encore.

Aujourd’hui, ses mains sont plus raides, malgré les séances de kiné. Elles ne lui obéissent plus tout à fait. Mais la musique continue d’habiter sa maison : elle l’écoute, elle la ressent, elle la porte en elle comme un souvenir précieux qui ne s’effacera jamais.

 

Et puis, il y a ce petit bonheur rare qu’elle attend avec une joie intacte : le passage du cerf ! À plusieurs reprises, un jeune cerf s’est arrêté sous sa fenêtre et s’est même allongé sur sa terrasse. Majestueux, silencieux, un peu mystérieux.

Jacqueline l’attend comme on attend une visite aimée. Lorsqu’il apparaît enfin, elle m’appelle pour les photos en chuchotant  et sourit  instantanément à la perspective de garder des souvenirs de ces moments précieux.

« Voilà mon prince charmant ! Il arrive un peu trop tard dans ma vie… mais c’est un bel effort, il est si majestueux ! »

Ce cerf, pour elle, c’est un signe. Une présence douce. Un petit miracle du quotidien. Il illumine sa journée, lui rappelle qu’elle fait encore partie des merveilles du monde vivant. A chacun de ses passages, son visage s'illumine d'une joie pure "il pense encore à moi" murmure t-elle.

 

Avec les années, Jacqueline vit plus lentement et devient plus fragile mais elle vit pleinement. Elle savoure les visites de sa famille, les attentions de ses voisins, la paix de sa maison, la beauté des vignes, des fleurs et le souffle de la forêt.

Elle accueille tout cela avec gratitude, avec cette capacité unique qu’elle a de reconnaître la grâce dans les choses simples.

 

Jacqueline est une amie qui ne s’impose jamais mais qui marque profondément. Elle fait partie de ces êtres dont la douceur reste longtemps sur les cœurs. Avec sa foi, son humour, sa curiosité intacte, sa lumière intérieure, elle continue, à 94 ans, d’inspirer, d’apaiser, de réchauffer.

 

Elle est aujourd’hui :

une présence lumineuse,

une âme généreuse,

un regard pétillant sur la vie,

un trésor de douceur et de sagesse.

 

Tant qu’elle sourit à son cerf et qu’elle prie pour le monde, Jacqueline continue d’embellir la vie à sa manière, discrètement, tendrement — mais profondément.