Le visage  du Sommertor

Mémoire de pierre du village de Wangen

 

La petite tête du Sommertor

On peut voir en approchant du Sommertor, la Porte Haute qui veille depuis le XIIIᵉ siècle sur l’entrée du village de Wangen, qu'un visage apparaît soudain dans la rugosité du mur. Une petite tête, presque effacée par le temps, semblant sortir de la pierre elle-même. Beaucoup passent sans la voir ; d’autres s’arrêtent, interloqués par ce regard figé qui semble encore écouter les siècles.

Un témoin silencieux des bâtisseurs

Cette tête n’a rien d’un hasard. Elle est l’héritage oublié d’un âge où les murs parlaient et où les pierres, choisies une à une, portaient la signature des hommes. Les maîtres maçons du Moyen Âge aimaient glisser dans leurs ouvrages des visages protecteurs, des sculptures parfois maladroites mais toujours habitées d’une intention. On croyait qu’un regard sculpté pouvait écarter les mauvais esprits, protéger une porte, ou simplement rappeler la présence humaine au cœur de la pierre.

Lorsque le rempart fut renforcé, peut-être au XIVᵉ ou au XVe siècle, on réemploya des fragments d’anciennes maisons, de linteaux brisés, de pierres déjà sculptées. Ainsi, ce visage aurait pu venir d’une demeure disparue, d’un ancien linteau, voire d’un ornement de la tour primitive ou du château. Arraché à son emplacement d’origine, il fut inséré là, dans l’angle du mur, comme un sourire discret de l’histoire.

Le guetteur des siècles

Depuis, la tête veille. Elle a vu les cavaliers franchir la porte, les paysans rentrer des vendanges, les charriots passer en grinçant, les enfants courir en riant. Elle a entendu le clocher sonner la paix, la guerre, les messes de Noël et les alarmes du temps.

Les saisons ont rongé le crépi, le soleil a poli la pierre, les pluies l’ont creusée, jusqu’au jour où, récemment,il y a moins de 15 ans, un morceau d’enduit s’est détaché. Alors son visage est réapparu, comme si le village lui-même avait décidé de réveiller un pan de sa mémoire.

Un petit mystère qui raconte un grand passé.

Personne ne sait qui elle représente :

un enfant ? un saint ? un simple motif de maçon ?

Son identité importe peu. Ce qui compte, c’est qu’elle nous rappelle que les villages anciens ne se racontent pas seulement dans les archives, mais dans les détails minuscules que le temps révèle peu à peu. Une tête sculptée, presque effacée, devient alors un témoin. Elle relie les habitants d’aujourd’hui aux mains anonymes qui ont bâti les murs, aux vies modestes mais tenaces qui ont façonné Wangen.

Une présence discrète, un patrimoine vivant

Au Sommertor, le vent passe encore comme autrefois. Le murmure du village monte doucement le long des ruelles, comme pour tenir compagnie à ce petit visage de pierre. Il nous rappelle que le patrimoine n’est pas seulement ce qu’on montre ; c’est aussi ce qu’on découvre au détour d’un mur, un secret offert à ceux qui prennent le temps de regarder.

Et à Wangen, chaque pierre, même la plus effacée, a encore quelque chose à dire

 

 

  Restauration du Sommertor et de la petite tête en 2013