Un jour de Saint Nicolas à Wangen

Récit d'un 6 décembre


Ce matin du 6 décembre, le petit village de Wangen en Alsace s’éveillait dans une légère brume, comme enveloppé d’un mystère doux.

Les pavés encore humides luisaient sous la lumière pâle, et déjà, au loin, on entendait le son des clochettes . C’était le grand jour : la fête de Saint Nicolas et les enfants attendaient sa venue, comme tous les ans.

Sous la porte médiévale du village, deux silhouettes avancèrent lentement.

L’une, majestueuse, drapée de rouge et coiffée d’une mitre dorée.

L’autre, plus sombre, enveloppée d’une cape noire, portant un sac de jute taché par les ans.

Saint Nicolas et le Père Fouettard entraient dans Wangen comme le veut la tradition, prêts à rendre visite aux enfants.

Ce jour-là, un jeune garçon de huit ans les attendait avec une impatience à peine contenue. Il s’appelait Nicolas, et chaque année, il rêvait de rencontrer celui dont il portait le nom. Il avait même préparé un dessin montrant le village décoré de lumières, espérant l’offrir au grand Saint.

Quand les deux hommes arrivèrent à l’école du village, Nicolas se faufila entre les enfants, le cœur battant. Mais au moment où il sortit son dessin de sa poche, une rafale de vent l’emporta. La feuille tourbillonna dans l’air, se posa un instant sur la botte du Père Fouettard, puis glissa sous son grand sac.

— Oh non… murmura le garçon.

Il hésita, effrayé par la grande silhouette sombre, mais Saint Nicolas, l’ayant observé, l’appela d’une voix douce :

— Approche, Nicolas. Que cherches-tu ?

Le garçon expliqua sa mésaventure en bégayant.

Le Père Fouettard se pencha, fouilla dans son sac d’un air grognon — ou du moins c’est ce que tout le monde croyait — puis, d’un geste surprenant de délicatesse, tendit le dessin au garçon.

— Faut faire attention au vent, petit, grommela-t-il.

Saint Nicolas posa alors une main bienveillante sur l’épaule du jeune garçon.

— Tu as un beau prénom, lui dit-il. Tu sais qu’il signifie “victoire du peuple” ? C’est un prénom de courageux.

Nicolas, rougissant, n’osa répondre. Saint Nicolas observa son dessin et ses yeux s’illuminèrent.

— Ce village, tel que tu l’as imaginé, est encore plus beau. Et si tu nous guidais pour notre tournée aujourd’hui ?

Les yeux du petit garçon s’agrandirent d’émerveillement.

— Moi ? Pour de vrai ?

Le Père Fouettard haussa les épaules en faisant semblant d’être exaspéré, mais un sourire malicieux se devinait sous sa capuche.

— Allez, dépêche-toi. On n’a pas toute la journée, dit-il.

Pendant deux heures , Nicolas marcha entre les deux personnages. Il frappait aux portes, annonçait leur arrivée, racontait qu’il avait récupéré son dessin grâce au Père Fouettard — ce qui fit rire plus d’un villageois.

Il reçut même quelques friandises que Saint Nicolas glissait dans sa poche quand le Père Fouettard ne regardait pas.

Lorsque le soleil commença à descendre, Saint Nicolas se tourna vers lui.

— Merci, Nicolas. Aujourd’hui, tu nous as beaucoup aidés. Et tu as montré du courage, de la gentillesse… et un joli talent d’artiste.

Puis il lui offrit un petit carnet de dessin relié de rouge, décoré d’un fin motif doré.

— Continue à imaginer le monde aussi joliment.

Nicolas serra le carnet contre son cœur.

Saint Nicolas et le Père Fouettard s’éloignèrent lentement vers la porte du village, leurs silhouettes se fondant dans le brouillard du soir.

Ce soir-là, Nicolas rentra chez lui convaincu d’une chose : parfois, la magie n’a pas besoin de se cacher. Elle marche juste à côté de nous, dans les rues familières, vêtue de rouge et de noir.