Par une nuit d’hiver à Wangen, alors que le village dormait sous un ciel bleu profond piqué d’étoiles, une rumeur courait depuis quelques jours : la petite maison en pain d’épices, celle qui ornait chaque année la façade d’une belle demeure à colombages, aurait commencé à luire toute seule après minuit.
Personne n’y croyait vraiment. On mettait ça sur le compte de l’imagination des enfants ou des décorations électriques capricieuses.
Pourtant, ce soir-là, Léandre, un jeune habitant du village, décida de vérifier par lui-même. Il se glissa dehors après que l’église eût sonné onze coups, emmitouflé dans une écharpe plus grande que lui, et se rendit vers la petite cour connue pour ses décorations féeriques.
Les guirlandes suspendues entre les maisons formaient un rideau scintillant, et l’air sentait la cannelle et la neige fraîche. Tout semblait paisible… jusqu’à ce que la petite maison en pain d’épices s’illumine soudain d’une douce lueur dorée. Léandre s’arrêta net.
Puis quelque chose d’encore plus étrange se produisit : une minuscule silhouette en sortit. Haute comme trois pommes, vêtue d’un manteau rouge fait de miettes de biscuits et coiffée d’un bonnet en sucre glace, la petite créature regarda autour d’elle, puis repéra Léandre.
— Tu es bien en avance, dit-elle d’une voix claire comme un grelot. Normalement, les humains ne nous voient qu’à minuit pile.
— “Nous” ? demanda Léandre, fasciné.
La créature fit un signe de tête. Alors, autour d’elle, d’autres petites silhouettes émergèrent : des bonshommes en pain d’épices vivants, chacun porteur d’une lanterne minuscule qui projetait des étoiles de lumière sur les murs.
Ils se mirent à avancer en procession vers la maison voisine, celle décorée d’une grande fresque peinte représentant un village enneigé. À mesure qu’ils approchaient, la fresque sembla s’animer : les portes se découpèrent, les lucioles peintes s’envolèrent comme de vraies lumières, et un chemin apparut.
— C’est l’heure de préparer la Fête Cachée, expliqua la petite chef en pain d’épices. Une fois par an, le monde des décors s’ouvre au vrai monde. Nous réparons les étoiles, redonnons de la couleur aux maisons peintes, et préparons la magie pour l’année suivante.
Léandre, bouche bée, osa une question :
— Je peux vous aider ?
Les petits êtres se regardèrent, puis éclatèrent de rire comme une pluie de grelots.
— Les humains ne peuvent pas entrer, répondit la chef. Mais tu peux garder notre secret. Et demain, quand les habitants de Wangen trouveront les décorations plus brillantes que jamais, tu sauras pourquoi.
Une horloge sonna au loin. Minuit.
Aussitôt, les créatures se hâterent dans la fresque, qui se referma lentement derrière elles. La petite maison en pain d’épices retrouva son calme et sa lumière s’éteignit progressivement.
Léandre resta seul dans la nuit tranquille, le cœur rempli d’un secret merveilleux.
Depuis ce soir-là, à Wangen, on dit que si les décorations de Noël brillent plus fort qu’ailleurs, c’est grâce à la petite confrérie des maisons en pain d’épices, qui veille chaque année, bien à l’abri des regards… sauf de ceux qui ont le cœur assez curieux pour les voir.