1. Situation géographique et cadre naturel
Le village de Wangen est situé en Alsace, sur la célèbre route des vins, au pied du Wangenberg qui culmine à 391 mètres d’altitude. Adossé aux pentes de cette colline, le village semble plongé dans un paysage paisible qui rappelle le décor d’un conte.
Wangen bénéficie d’une situation particulière : il est volontairement à l’écart des grands axes de circulation. La route départementale 1004, principal axe nord-sud du piémont des Vosges, contourne le village par l’Est, tandis que la départementale 142 passe plus au sud. Cette position permet à la commune de rester préservée du bruit et de l’agitation du trafic routier.
Entouré de collines couvertes de vignobles, Wangen offre un panorama typique de l’Alsace viticole. En empruntant les sentiers balisés par le Club Vosgien pour monter au sommet du Wangenberg, on peut admirer une vue circulaire sur le village, la gorge du Kronthal et les paysages viticoles environnants.
2. Le village fortifié et ses portes médiévales
Au Moyen Âge, Wangen était protégé par une enceinte fortifiée percée de plusieurs portes.
L’une des principales entrées du village était le Niedertor, appelée « porte basse ». Les visiteurs qui arrivaient par la vallée de la Mossig devaient passer par cette porte. Jusqu’au XVIᵉ siècle, l’accès était protégé par un fossé rempli d’eau, large d’environ quinze mètres et profond de six mètres.
Chaque soir, une demi-heure après la sonnerie de l’angélus, le gardien de la ville, appelé Torwacht, fermait les portes. Il remettait ensuite les clés au Schultheiss, c’est-à-dire au maire du village. À partir de ce moment, personne ne pouvait entrer ou sortir jusqu’au lendemain matin.
Le gardien parcourait également les rues pour assurer la sécurité du village et vérifier que les feux étaient bien éteints afin d’éviter les incendies. Il annonçait aussi les heures aux habitants.
Une seconde porte appelée Motscheltor donnait autrefois accès aux vignobles. Elle fut démolie en 1887 et seul le jambage d’un montant de porte rappelle aujourd’hui son emplacement.
La troisième porte, appelée Sondertor ou Sommertor, se trouvait au sud-est de l’enceinte. Bien qu’elle ait été remaniée au XVIIᵉ siècle, elle conserve encore des éléments de la porte médiévale ainsi que deux canonnières datant du XVIᵉ siècle.
3. L’organisation du village et les traces du château
Après avoir franchi le Niedertor, la rue Basse mène vers l’ancien Freihof, qui constituait la cour de l’abbaye Saint-Étienne.
En poursuivant le chemin, on atteint la rue du Château qui forme une grande boucle autour du centre historique du village. C’est à cet endroit que se trouvait autrefois un château octogonal, aujourd’hui disparu. Il ne reste plus de traces visibles de cet édifice, mais certains éléments architecturaux, notamment des fragments de sculptures et des linteaux de style Renaissance, ont été réutilisés dans les maisons du village.
Le Freihof, quant à lui, désigne l’ancien bâtiment qui servait de résidence à l’abbesse de Saint-Étienne. Il possédait notamment une cave importante, une cour intérieure et un puits à double accès.
4. Les origines du village
Les premières traces écrites de l’histoire de Wangen remontent au VIIIᵉ siècle.
À cette époque, Adalbert, frère de Sainte Odile, reçoit du roi d’Austrasie Chilpéric II une propriété appelée « Wanga ». Vers l’an 722, Adalbert fonde l’abbaye de Saint-Étienne de Strasbourg, dont sa fille Sainte Attale devient la première abbesse.
La propriété de Wanga est alors confiée à l’abbaye et devient une colonge, une organisation rurale particulière à l’Alsace et aux régions rhénanes. Il s’agit d’une communauté agricole où des terres sont confiées à des exploitants en échange de redevances.
Un décret d’immunité accorde à l’abbesse de Saint-Étienne des pouvoirs importants, notamment le droit de rendre la justice et de percevoir des impôts.
5. L’essor médiéval
Au XIIᵉ siècle apparaît la famille noble de Wangen. L’un de ses membres, Wilhelm de Wangen, meurt en 1124 lors du siège de Tyr pendant une croisade.
Au début du XIIIᵉ siècle, l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen séjourne en Alsace entre 1212 et 1220. En son honneur, une église romane est construite en 1214 par l’abbaye Saint-Étienne. Son tympan portant le nom de Frédéric est considéré comme l’une des pierres les plus remarquables d’Alsace.
Vers le milieu du XIIIᵉ siècle, Wangen possède également un château octogonal, dont l’architecture aurait été inspirée du Castel del Monte en Sicile.
C’est également à cette époque que les murailles entourant le village sont construites. Elles sont mentionnées pour la première fois dans les textes en 1297.
6. Le développement du vignoble
Dès le XIIIᵉ siècle, la viticulture est très développée à Wangen.
Plusieurs abbayes possèdent des vignobles dans la région, notamment celles de Haguenau, Wissembourg, Saint-Étienne, Schwartzbach et Obersteigen.
Le vin produit à Wangen est exporté via Strasbourg et le Rhin vers Cologne, qui constitue un important centre de commerce. De là, il est acheminé vers plusieurs pays européens, notamment l’Angleterre, la Norvège et la Russie.
7. Les conflits et les destructions
Malgré ses fortifications, Wangen subit plusieurs attaques au cours de son histoire.
En 1375, la ville est prise par les Anglais, bien que le château résiste.
En 1420, lors de la guerre de Dachstein, la ville et le château sont incendiés. Ils seront reconstruits par Hartung von Wangen.
Le 30 septembre 1444, les Armagnacs s’emparent de la ville par surprise. Quelques jours plus tard, les Strasbourgeois assiègent la cité et en chassent les envahisseurs, mais la ville est une nouvelle fois incendiée.
Une tour des remparts porte encore le nom de Geckenturm, rappelant ces événements.
8. Les transformations au XVIᵉ siècle
Au XVIᵉ siècle, plusieurs événements marquent l’histoire du village.
En 1514, les habitants de Wangen attaquent le château et ravagent ses jardins. Les nobles doivent se réfugier dans le donjon.
En 1525, lors de la guerre des paysans, le village est épargné car il n’a pas fourni de soldats aux armées rebelles.
La Réforme protestante se diffuse dans la région vers 1520.
En 1566, la famille von Wangen quitte le village et vend le château à l’abbaye Saint-Étienne.
En 1580, l’abbesse Odile de Durmentz fait reconstruire et agrandir l’église.
9. La guerre de Trente Ans et ses conséquences
La guerre de Trente Ans (1618-1648) n’épargne pas Wangen.
Dès 1622, la ville est occupée par les troupes de l’archiduc Léopold d’Autriche. La population est durement touchée par la peste, qui provoque la mort de 194 personnes en 1626.
Le village est ensuite rançonné par les Croates en 1627, attaqué par les Suédois en 1628, puis occupé par les troupes françaises de Turenne en 1643 et 1646.
Entre 1674 et 1681, de lourdes contributions de guerre sont imposées au village.
10. Les évolutions religieuses
En 1683 débute la Contre-Réforme.
Le 5 avril 1686, le chœur de l’église est mis à disposition des catholiques. C’est le début du Simultaneum, système dans lequel catholiques et protestants utilisent le même édifice religieux. Cette organisation est encore en vigueur aujourd’hui.
11. La Révolution et le XIXᵉ siècle
Lors de la Révolution française en 1789, les droits féodaux sont abolis. Les habitants refusent alors de payer un impôt appelé Bodenzins, qui correspondait à une redevance de vin.
Un long conflit judiciaire s’ensuit. Finalement, le 6 avril 1830, la Cour de cassation de Colmar donne raison aux habitants de Wangen.
Pour commémorer cet événement, les villageois décident d’organiser chaque année une fête au cours de laquelle 250 litres de vin coulent gratuitement d’une fontaine spécialement construite pour l’occasion à l'initiative du conseil municipal de l'époque. (1827)
En 1830, l’église est démolie puis reconstruite sous sa forme actuelle.
En 1833, la chapelle Sainte-Croix, autrefois située dans les vignes, est déplacée près de l’église et reconstruite dans la rue Basse.
12. L’évolution du vignoble
Au XIXᵉ siècle, la superficie du vignoble connaît plusieurs évolutions.
À partir de 1848, elle augmente considérablement :
elle passe de 72 hectares à 200 hectares en 1893.
Par la suite, la surface diminue pour atteindre 53 hectares en 1953, avant de remonter à environ 80 hectares aujourd’hui.
En 1857, Wangen se classait au 35ᵉ rang des villages viticoles d’Alsace, devant Westhoffen et Marlenheim.
13. Le village aux XIXᵉ et XXᵉ siècles
Le Freihof change plusieurs fois de propriétaire entre 1791 et 1953. Depuis cette date, il appartient à la fondation Le Refuge, qui en a fait une maison d’accueil pour des jeunes et des familles en situation difficile.
Au lieu-dit Wangenmühl se trouve le Castel des Garat, habité en 1871 par le baron de Garat, directeur de la Banque de France.
L’actuelle mairie du village date de 1902.
Sources :
-Wangen- Louis Klock
-Châteaux forts d'Alsace- Société d'Histoire et d'Archéologie de Saverne et environs
-Wangen, son château et ses fortifications-Fernand Jaenger
-Le château de Wangen-Thomas Biller-Bernhard Metz CRAMS cahier 11
-Photothèque de Charles Geiss