Wangen au temps des abbesses

Sainte Attale et les origines de la seigneurie abbatiale de Wangen

Wangen dépendait des terres de l’abbaye Saint-Étienne de Strasbourg, fondée vers 717

par le duc d’Alsace Adalbert. La première abbesse fut Sainte Attale, nièce de Sainte Odile,

dont le monastère de Hohenbourg se trouvait au Mont Sainte-Odile.

 

Le village médiéval et viticole de Wangen, en Alsace, possède une histoire politique ancienne et singulière. Bien avant l’époque des maires et de l’organisation communale moderne, le village dépendait d’une autorité particulière : celle de l’abbaye Saint-Étienne de Strasbourg.

 

Pendant plusieurs siècles, cette abbaye exerça sur Wangen un véritable pouvoir seigneurial. À sa tête se succédèrent des abbesses issues de la noblesse alsacienne. La première d’entre elles fut Sainte Attale, figure marquante du début du VIIIᵉ siècle.

 

Une abbaye fondée par les ducs d’Alsace

L’abbaye Saint-Étienne de Strasbourg fut fondée vers l’an 717 sous le règne du roi mérovingien Chilpéric II. Son fondateur, Adalbert, duc d’Alsace et frère de Sainte Odile, souhaitait établir à Strasbourg une communauté religieuse féminine.

Lorsque les bâtiments du monastère furent achevés, Adalbert confia la direction de la nouvelle abbaye à sa propre fille, Attale. Celle-ci avait été élevée dans l’entourage de sa tante, Sainte Odile, fondatrice du monastère de Hohenbourg, aujourd’hui connu sous le nom de Mont Sainte-Odile.

Attale devint ainsi la première abbesse de Saint-Étienne.

 

Une abbesse au caractère doux et ferme

Les textes anciens décrivent Sainte Attale comme une femme d’une grande piété et d’un caractère remarquable. Elle dirigeait sa communauté en suivant l’exemple de sa tante Odile et introduisit dans l’abbaye une règle de vie adaptée à une communauté féminine.

Sa conduite était marquée par une grande douceur et une bienveillance qui lui gagnaient l’estime de tous. Cette douceur s’accompagnait cependant d’une grande exigence envers elle-même. Les récits soulignent qu’elle se montrait sévère pour sa propre personne tout en restant attentive et prévenante envers les autres.

Attale veillait sur les religieuses de son monastère avec l’attention d’une mère envers ses enfants. Cette manière d’allier la discipline monastique à l’humanité contribua au développement et à la réputation de la communauté.

 

Sa mort et la naissance d’une tradition

Sainte Attale dirigea l’abbaye jusqu’à la fin de sa vie et mourut vers l’an 741. La population de Strasbourg lui témoignait déjà une grande vénération.

Selon les récits anciens, son corps fut exposé pendant plusieurs semaines afin de permettre aux fidèles de venir lui rendre hommage.

Une tradition rapporte également un épisode lié à ses reliques. Werentrude, abbesse du monastère de Hohenbourg et amie d’Attale, aurait souhaité obtenir une relique de la défunte. Un prêtre nommé Werner fut envoyé à Strasbourg et réussit à prélever secrètement la main droite d’Attale. L’affaire fut cependant découverte avant qu’il ne puisse repartir avec la relique.

La main fut alors conservée dans une boîte de cristal dans l’église Saint-Étienne. On disait également qu’un manteau attribué à Attale était conservé et que chaque nouvelle abbesse devait le porter lors de sa prise de fonction.

Durant des siècles, la mémoire de Sainte Attale demeura vivante à Strasbourg, sa relique étant exposée chaque année le 3 décembre.

 

Les abbesses de Saint-Étienne et le village de Wangen

Sous l’autorité de Sainte Attale puis de ses successeures, l’abbaye Saint-Étienne possédait de nombreuses terres en Alsace. Parmi ces domaines figuraient les terres du village de Wangen.

Pendant plusieurs siècles, les abbesses exercèrent sur le village un pouvoir seigneurial comparable à celui des seigneurs laïcs. Elles administraient les terres, percevaient les redevances et rendaient la justice sur leurs domaines.

Lorsqu’elles se rendaient à Wangen, elles séjournaient dans la cour seigneuriale appelée Freihof. C’est là qu’elles recevaient les habitants, réglaient les affaires du village et administraient leurs possessions.

Dans l’organisation féodale de la société médiévale, les institutions religieuses pouvaient ainsi exercer une véritable autorité territoriale. L’abbaye Saint-Étienne faisait partie de ces puissantes seigneuries ecclésiastiques.



Le Freihof de Wangen

 

Le Freihof constituait le centre de l’autorité seigneuriale exercée par l’abbaye Saint-Étienne à Wangen.

Ce domaine servait de résidence aux abbesses ou à leurs représentants lorsqu’ils venaient administrer les terres de l’abbaye. On y gérait les affaires du village : perception des redevances agricoles, organisation de l’exploitation des terres et règlement des litiges entre habitants.

Le Freihof était ainsi à la fois un lieu administratif, économique et symbolique représentant l’autorité des abbesses sur le village.

Les jardins de l’abbesse : un patrimoine en renaissance

 

Aujourd’hui encore, l’histoire des abbesses demeure visible à Wangen à travers le site des anciens jardins de l’abbesse, situés à proximité du Freihof et bordé du mur d'enceinte.

La commune de Wangen a entrepris un projet de réhabilitation de cet espace historique.

Les travaux ont notamment commencé par le drainage de l’ancien étang afin de restaurer l’équilibre du site.

Le projet prévoit de recréer un paysage inspiré des jardins monastiques du Moyen Âge. Des arbres fruitiers sont plantés afin de rappeler les vergers qui faisaient autrefois partie de l’économie des domaines monastiques. Des plantes médicinales et aromatiques commencent  également à y être cultivées, dans l’esprit des jardins entretenus dans les monastères médiévaux.

Cette initiative permettra de redonner vie à un lieu étroitement lié à l’histoire de Wangen et à la présence séculaire des abbesses de Saint-Étienne.

Une mémoire toujours vivante

Plus de treize siècles après la première abbesse Sainte Attale, l’empreinte de ces femmes de pouvoir demeure inscrite dans l’histoire de Wangen. La restauration des jardins de l’abbesse redonne aujourd’hui vie à un lieu chargé de mémoire, rappelant que le petit village viticole fut longtemps lié à l’une des grandes abbayes de l’Alsace médiévale.

 

 

 

Sainte Attale, première abbesse de l’abbaye Saint-Étienne de Strasbourg  et de Wangen.(VIIIᵉ siècle).

La statue la représente tenant la crosse abbatiale et une maquette de l’abbaye qu’elle dirigea jusqu’à sa mort vers 741.

Cette statue de Sainte Attale se trouve dans la cathédrale de Strasbourg.

Elle fait partie des statues de saints alsaciens associées à l’histoire religieuse de la région et à la famille ducale d’Alsace, dont faisaient partie Sainte Odile et Sainte Attale.