Echo entre les femmes d'hier et celle(s) d'aujourd'hui
Le village médiéval et viticole de Wangen en Alsace possède une histoire politique singulière. Bien avant l’époque des maires, le village dépendait de l’abbaye Saint-Étienne de Strasbourg.
Dès le VIIIᵉ siècle, les terres de Wangen furent confiées à cette abbaye dirigée par des femmes : les abbesses.
La première d'entre elles, Sainte Attale était la nièce de Sainte Odile.
Pendant de nombreux siècles, ces abbesses exercèrent un pouvoir seigneurial sur le village. Ce pouvoir était à la fois religieux et temporel.
En tant que dirigeantes de l’abbaye, elles administraient les terres, percevaient les redevances et rendaient la justice sur leurs domaines. Lorsqu’elles se rendaient à Wangen, elles séjournaient au Freihof, la cour seigneuriale, où elles recevaient les habitants et réglaient les affaires du village.
Il s’agissait toutefois d’un pouvoir d’Ancien Régime, lié à l’organisation féodale et religieuse de la société.
La Révolution française bouleverse cet ordre. Les droits seigneuriaux disparaissent et une nouvelle forme d’organisation politique apparaît : la commune républicaine.
En 1792, les habitants élisent leur premier maire, Jean-Adam Laugel. Désormais, l’autorité locale ne dépend plus d’une abbaye mais du suffrage des citoyens.
Commence alors une longue tradition municipale masculine.
Pendant plus de deux siècles, vingt-trois maires hommes se succèdent à la tête de la commune. Le dernier d’entre eux est Yves Jung, maire de 2008 à 2026.
Aujourd’hui, une nouvelle page de l’histoire locale s’ouvre.
Geneviève Marcilly-Arvis s’apprête à devenir la première femme maire de Wangen.
La comparaison avec les abbesses du passé peut prêter à sourire, mais il convient de rappeler la différence fondamentale : les abbesses exerçaient un pouvoir religieux et seigneurial, tandis que la maire incarne une fonction républicaine, laïque et démocratique, issue du vote des habitants et entourée de son équipe.
Il n’en reste pas moins que l’histoire réserve parfois de jolis clins d’œil.
Après les siècles des abbesses et les deux cents ans de maires, Wangen s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire… au féminin.
Alors, les femmes reprennent-elles le pouvoir pour deux siècles ?
La question peut être posée avec humour et perspective historique.
L’avenir le dira… mais à Wangen, l’histoire montre que ce ne serait pas une première !
Christine Jung
Chroniqueuse du territoire
Wangen, ensemble 2026

Écrire commentaire