De la victoire des habitants à deux siècles de tradition
Le dimanche 5 juillet 2026, Wangen célébrera la 199ᵉ édition de sa traditionnelle Fête de la Fontaine, un rendez-vous unique profondément ancré dans l'histoire du village.
Cette fête trouve son origine dans un épisode marquant de l’histoire de la commune.
Depuis le XVIᵉ siècle, les habitants de Wangen étaient soumis à une redevance en vin, appelée Bodenzins, due au seigneur du lieu.
Initialement modeste, cette charge ne cessa d’augmenter pour atteindre, à partir de 1728, 600 mesures de vin par an, soit près de 30 000 litres.
Après la Révolution française de 1789 et l’abolition des droits féodaux, les habitants estimèrent ne plus avoir à payer cette redevance.
Pourtant, en 1819, deux hommes d’affaires, Vernon de Saint-Bruns et Joseph Martha, tentèrent d’en obtenir le rétablissement en la présentant comme une rente foncière. Ils réclamèrent même trente années d’arriérés, représentant l’équivalent d’environ 900 000 litres de vin.
Face à cette menace, le village se mobilisa.
Trois hommes furent chargés de défendre les intérêts de la communauté : le maire Jean-Georges Strohl, le percepteur Charles Moll et le conseiller Chrétien Ostermann.
Pendant plus de sept années, ils menèrent un combat acharné devant les tribunaux et effectuèrent à plusieurs reprises le déplacement jusqu’à Colmar pour faire valoir les droits des habitants.
Le 3 juillet 1827, la Cour d’appel de Colmar leur donna raison. La redevance fut reconnue comme un droit féodal aboli par la Révolution. Cette victoire fut accueillie avec une immense joie dans le village.
Pour commémorer cet événement, une fontaine fut érigée et une fête annuelle instaurée. Depuis lors, la tradition se perpétue fidèlement.
La Fête de la Fontaine est célébrée le 3 juillet lorsque cette date tombe un dimanche ou, dans le cas contraire, le dimanche qui suit immédiatement. Jamais avant, jamais après : cette règle, respectée depuis près de deux siècles, maintient le lien avec la date historique du 3 juillet 1827.
Le jour de la fête, après le discours du maire — aujourd’hui de la maire — et la lecture de l’histoire de la fête en alsacien puis en français, le vin se met à couler de la fontaine.
Habitants et visiteurs sont alors invités à partager le verre de l’amitié offert par la commune. Les enfants participent eux aussi à la fête grâce au jus de pomme qui leur est offert.
Ce moment symbolise à la fois la victoire des habitants, l’attachement au patrimoine viticole de Wangen et l’esprit de convivialité qui anime le village.
Les festivités se poursuivent traditionnellement le lundi soir avec les tartes flambées, la fête foraine et l’orchestre qui anime la soirée, prolongeant ainsi un moment de partage attendu par toutes les générations.
Pourquoi le bicentenaire sera-t-il célébré en 2027 et non en 2030 ?
Certains pourraient s’interroger. La Cour de cassation de Paris n’a confirmé définitivement la victoire des habitants que le 6 avril 1830.
Pourtant, dès l’arrêt rendu par la Cour d’appel de Colmar le 3 juillet 1827, les habitants de Wangen considèrent que leur combat est gagné. Après plus de sept années de lutte, c’est cette décision qu’ils vivent comme une véritable délivrance. Colmar est plus proche et accessible que Paris. C’est là que les représentants du village ont porté leur combat et obtenu gain de cause. La décision de la Cour de cassation ne fera que confirmer juridiquement ce que les habitants avaient déjà célébré.
La Fête de la Fontaine est ainsi née de la victoire du 3 juillet 1827. C’est cette date qui est restée gravée dans la mémoire collective et qui est devenue, année après année, le symbole de la ténacité et de la solidarité des habitants de Wangen.
L’année 2026 constituera donc une étape particulière : la 199ᵉ édition sera présidée pour la première fois par une femme maire, Geneviève Marcilly-Arvis. Un an plus tard, en 2027, Wangen célébrera le bicentenaire de sa fête emblématique, soit deux cents ans de mémoire, de convivialité et de tradition vivante.
Comme le résume l’histoire du village :
Paris a confirmé la victoire, mais Wangen l’avait déjà fêtée à Colmar.

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